Plainte d’un patient à l’Ordre des médecins : 5 réflexes

Sommaire

Un courrier recommandé du conseil départemental de l’Ordre des médecins vous informe qu’un patient a déposé une plainte contre vous. Vous découvrez les griefs formulés et une convocation vous invite à participer à une réunion. Faut-il répondre immédiatement ? Quels documents réunir ? Pouvez-vous venir accompagné d’un avocat ? Et surtout, cette convocation signifie-t-elle que vous risquez déjà une sanction disciplinaire ?

La réception d’une plainte ordinale mérite une attention particulière. Elle ne signifie toutefois ni que le médecin a commis une faute ni que l’Ordre a déjà prononcé une sanction. Tout dépend notamment de la nature du courrier et du stade de la procédure.

En droit français, la procédure applicable aux médecins distingue principalement la tentative de conciliation organisée par le conseil départemental de l’Ordre et l’éventuelle procédure devant la chambre disciplinaire de première instance. Ces deux étapes n’appellent pas les mêmes démarches.

Voici cinq réflexes pour aborder cette situation avec méthode et préparer votre défense dès les premiers échanges.

Comprendre ce que signifie une convocation de l’Ordre des médecins

Une plainte ne signifie pas que le médecin est déjà sanctionné

Un patient qui estime avoir subi un préjudice ou qui conteste la prise en charge médicale peut saisir le conseil départemental de l’Ordre des médecins. D’autres personnes et organismes disposent également, dans les conditions prévues par les textes, de la possibilité de déposer une plainte ordinale.

La plainte vise à faire examiner des faits au regard des obligations déontologiques du médecin, notamment celles que prévoit le Code de déontologie médicale. Elle peut porter sur différents aspects de l’exercice professionnel : qualité des soins, information du patient, respect du secret médical ou encore comportement du praticien.

À ce stade, le médecin mis en cause peut présenter ses explications. L’existence d’une plainte ne préjuge pas de l’appréciation ultérieure des faits par les instances ordinales.

Identifier le stade de la procédure : conciliation ou chambre disciplinaire

C’est le premier point à vérifier. Le conseil départemental de l’Ordre reçoit la plainte et organise en principe une tentative de conciliation entre le patient et le médecin. Il ne prononce pas lui-même de sanction disciplinaire.

La chambre disciplinaire de première instance exerce, quant à elle, une fonction juridictionnelle. Elle examine les griefs dans le cadre d’une procédure contradictoire et peut prononcer une sanction si elle retient un manquement déontologique.

Une convocation à une réunion de conciliation ne correspond donc pas à une convocation à une audience disciplinaire. Vérifiez attentivement l’expéditeur, l’objet du courrier et les documents joints.

Pour approfondir le fonctionnement de ces étapes, consultez notre article consacré à la procédure disciplinaire des professionnels de santé.

Les 5 réflexes à avoir dès réception de la convocation

Réflexe n° 1 : Lire attentivement la convocation et repérer les échéances

Ne laissez pas le courrier de l’Ordre de côté. Prenez le temps de lire l’ensemble des documents transmis et de comprendre précisément la démarche engagée.

Plusieurs éléments méritent une vérification :

  • L’identité de l’organisme qui adresse la convocation : conseil départemental ou chambre disciplinaire.
  • La nature de la démarche : réunion de conciliation, communication d’un mémoire ou audience disciplinaire.
  • Les faits reprochés et les éventuels manquements déontologiques invoqués.
  • La date, l’heure et le lieu de la réunion ou de l’audience.
  • Les éventuelles échéances de réponse et les modalités de transmission des documents.
  • La présence d’annexes, de pièces ou d’informations complémentaires.

Conservez le courrier, ses annexes et l’enveloppe. Classez également les éventuels échanges antérieurs avec le conseil départemental.

Point de vigilance : une convocation à une conciliation et une convocation devant la chambre disciplinaire n’ont pas la même portée. Une audience juridictionnelle implique notamment de porter une attention particulière aux mémoires, aux pièces communiquées et au respect du contradictoire.

Réflexe n° 2 : Prévenir son assureur et vérifier les garanties mobilisables

La réception d’une plainte ordinale constitue un motif sérieux pour examiner les garanties de son contrat d’assurance professionnelle. Le médecin peut notamment contacter son assureur en responsabilité civile professionnelle (RCP) afin de lui signaler la situation.

Cette démarche permet de vérifier plusieurs points :

  • Les obligations déclaratives prévues par le contrat.
  • L’existence éventuelle d’une garantie de protection juridique.
  • Les conditions de prise en charge des honoraires d’avocat.
  • Les modalités de désignation du conseil et les éventuelles limites de garantie.

Attention : une procédure disciplinaire ne correspond pas automatiquement à un sinistre relevant de la responsabilité civile professionnelle. La RCP concerne principalement les conséquences indemnitaires de la responsabilité du praticien. La prise en charge des frais de défense dépend des garanties effectivement souscrites.

Il convient donc de vérifier les stipulations contractuelles plutôt que de présumer l’intervention de l’assureur.

Réflexe n° 3 : Rassembler les pièces et reconstituer la chronologie des faits

Une défense efficace repose notamment sur une compréhension précise de la prise en charge et des échanges avec le patient. Avant de rédiger des observations, il est utile de reconstituer le déroulement des événements.

Le dossier peut notamment comprendre :

  • Les éléments pertinents du dossier médical.
  • Les comptes rendus de consultation et d’examen.
  • Les prescriptions et documents relatifs aux soins réalisés.
  • Les courriers adressés au patient.
  • Les échanges écrits pertinents, notamment les courriels et messages.
  • Les documents relatifs à une éventuelle orientation vers un autre professionnel.
  • Les éléments permettant de dater les événements et les décisions médicales.

Établissez une chronologie factuelle. Distinguez les événements certains, les éléments documentés et les points qui nécessitent encore des vérifications. Cette présentation facilite l’analyse des griefs et permet d’identifier les éventuelles contradictions.

Attention au secret médical : le médecin doit préserver la confidentialité des informations de santé. La constitution du dossier de défense ne justifie pas une communication indiscriminée de documents médicaux. Il faut apprécier la pertinence de chaque pièce, son destinataire et les règles qui encadrent sa transmission.

Réflexe n° 4 : Ne pas répondre à chaud et préparer ses observations

La réception d’une plainte peut provoquer une réaction émotionnelle légitime. Pourtant, une réponse improvisée risque de compliquer les échanges ultérieurs.

Évitez notamment de :

  • Répondre immédiatement au patient sous le coup de l’émotion.
  • Envoyer des explications détaillées à l’Ordre sans avoir vérifié les faits.
  • Multiplier les échanges directs avec le plaignant pour tenter de régler rapidement le différend.
  • Formuler une reconnaissance précipitée de responsabilité.
  • Publier des commentaires sur l’affaire ou le patient sur les réseaux sociaux.

Préparez plutôt des observations factuelles, structurées et cohérentes avec les pièces du dossier. Chaque affirmation importante doit pouvoir s’appuyer sur un élément vérifiable.

La prudence s’impose également lors d’une conciliation. Le médecin doit comprendre la portée de ses déclarations et les modalités de transmission des documents. Les échanges et leur éventuelle communication dans le cadre de la procédure méritent une analyse préalable.

Réflexe n° 5 : Préparer sa défense avec un avocat en droit médical

L’intervention d’un avocat ne doit pas nécessairement attendre la saisine de la chambre disciplinaire. Dès la première convocation, un professionnel du droit médical peut examiner les griefs et aider le médecin à organiser sa défense.

Cette analyse porte notamment sur :

  • La nature exacte de la plainte et les faits reprochés.
  • Les obligations déontologiques susceptibles d’être en cause.
  • La cohérence entre les griefs et les pièces disponibles.
  • Les éventuels éléments manquants ou contradictoires.
  • La préparation des observations et des échanges avec l’Ordre.
  • La stratégie à envisager pour la conciliation ou la procédure juridictionnelle.

Le médecin peut également se faire accompagner ou représenter par une personne de son choix lors de la réunion de conciliation, notamment un avocat. L’article L. 4123-2 du Code de la santé publique encadre cette première étape de la procédure ordinale.

Anticiper la défense permet ainsi de ne pas découvrir les difficultés procédurales au moment de l’audience.

Que se passe-t-il après la conciliation devant l’Ordre ?

En cas de conciliation

La conciliation cherche à rapprocher les positions du patient et du médecin afin de résoudre le différend sans procédure juridictionnelle. Si les parties trouvent un accord, un procès-verbal constate l’issue de la réunion.

Il faut néanmoins distinguer la résolution du différend entre les parties et les suites ordinales éventuelles. Le retrait de la plainte par le patient ne met pas nécessairement fin à toute possibilité de poursuite disciplinaire.

Dans certaines circonstances, le conseil départemental peut en effet décider de saisir la chambre disciplinaire pour les mêmes faits, même après un retrait de plainte. Le Conseil d’État l’a notamment rappelé dans sa décision du 23 novembre 2016, n° 383134.

En cas d’échec de la conciliation

Si les parties ne trouvent pas d’accord, le conseil départemental examine la plainte et la transmet à la chambre disciplinaire de première instance avec son avis motivé, conformément à l’article L. 4123-2 du Code de la santé publique.

La chambre disciplinaire ouvre alors une procédure juridictionnelle. Le médecin peut présenter sa défense, produire des mémoires et communiquer des pièces dans le respect du principe du contradictoire.

À l’issue de l’instruction et de l’audience, la juridiction rend une décision. Selon les faits retenus et leur qualification, elle peut prononcer une sanction disciplinaire. Les sanctions possibles comprennent notamment l’avertissement, le blâme, l’interdiction temporaire d’exercer et la radiation du tableau de l’Ordre.

Une voie d’appel existe devant la chambre disciplinaire nationale. Dans les conditions prévues par les textes, les décisions rendues en dernier ressort peuvent ensuite faire l’objet d’un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État.

Pour comprendre plus précisément le déroulement de la première réunion, consultez également notre article sur la réunion de tentative de conciliation des professionnels de santé.

Les erreurs à éviter après réception d’une plainte ordinale

Certains comportements peuvent compliquer inutilement la préparation de la défense. Les principaux points de vigilance sont les suivants :

  • Ignorer la convocation : l’absence de réaction ne permet pas de faire disparaître la plainte.
  • Confondre les étapes : une conciliation n’est pas une audience disciplinaire.
  • Répondre sous le coup de l’émotion : des propos imprécis ou contradictoires peuvent compliquer les échanges.
  • Contacter directement le patient sans préparation : une démarche improvisée peut aggraver le différend.
  • Transmettre des documents médicaux sans précaution : le secret médical reste une exigence essentielle.
  • Négliger l’information de l’assureur : le contrat peut prévoir des obligations déclaratives particulières.
  • Attendre l’audience pour préparer sa défense : la stratégie se construit dès les premiers échanges.

À retenir : la checklist des premiers réflexes

Après réception d’une convocation de l’Ordre des médecins, cinq démarches structurent les premières étapes de la défense :

  • Identifier précisément la nature de la convocation et le stade de la procédure.
  • Vérifier les dates, les échéances et les modalités de réponse.
  • Informer son assureur et examiner les garanties de protection juridique.
  • Rassembler les documents utiles et reconstituer une chronologie précise des faits.
  • Préparer les observations avec méthode et envisager l’accompagnement d’un avocat en droit médical.

Une plainte ordinale ne préjuge pas de la responsabilité du médecin. En revanche, elle nécessite une réponse structurée, qui tienne compte des règles déontologiques, du secret médical et des particularités de la procédure engagée.

FAQ : plainte d’un patient devant l’Ordre des médecins

Une convocation de l’Ordre signifie-t-elle que je suis déjà poursuivi disciplinairement ?

Non, pas nécessairement. Une convocation adressée par le conseil départemental peut concerner une tentative de conciliation, étape préalable à la transmission de la plainte à la chambre disciplinaire. Une convocation émanant de la chambre disciplinaire correspond à une étape juridictionnelle distincte. Il faut donc examiner précisément l’objet du courrier.

Dois-je obligatoirement me présenter à la conciliation ?

L’article L. 4123-2 du Code de la santé publique prévoit la convocation du médecin et du plaignant en vue d’une conciliation. Cette étape occupe une place importante dans la procédure ordinale. En cas d’empêchement, le médecin a intérêt à contacter rapidement le conseil départemental pour connaître les modalités applicables. Une absence ne doit pas être considérée comme un moyen de mettre fin à la procédure.

Puis-je être accompagné par un avocat lors de la conciliation ?

Oui. Chaque partie peut se faire accompagner ou représenter par une personne de son choix lors de la réunion de conciliation, notamment par un avocat. Cet accompagnement peut faciliter la préparation des échanges et l’analyse des enjeux juridiques.

Dois-je répondre par écrit à la plainte du patient ?

Il n’existe pas une réponse écrite unique applicable à toutes les situations. La démarche dépend du stade de la procédure et des demandes formulées par l’Ordre. Le médecin doit notamment distinguer les observations préparées pour une conciliation des mémoires produits devant la chambre disciplinaire. La communication de documents médicaux appelle également une vigilance particulière au regard du secret médical.

La plainte peut-elle aboutir à une radiation de l’Ordre ?

La radiation figure parmi les sanctions disciplinaires prévues par les textes. Elle ne constitue toutefois pas une conséquence automatique du dépôt d’une plainte. La chambre disciplinaire apprécie les faits, leur qualification déontologique et les circonstances de l’affaire avant de rendre sa décision.

Une plainte devant l’Ordre peut-elle s’ajouter à une procédure judiciaire ?

Oui. La procédure disciplinaire ordinale conserve son autonomie par rapport aux procédures civiles et pénales. Selon les circonstances, plusieurs procédures peuvent donc se dérouler parallèlement à propos des mêmes faits.

Quand faut-il contacter un avocat en droit médical ?

Une consultation dès la réception du courrier permet d’examiner les griefs, de distinguer la conciliation de la procédure juridictionnelle et d’anticiper les premières démarches. L’intervention d’un avocat peut également accompagner la préparation des observations et la défense devant les instances ordinales.

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Checklist après convocation médicale
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Aymeric ORLIAC

Avocat en droit de la santé

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